Les adversaires de l'identité bretonne ont perdu

Publié le par Rémi BEAUTO

Inspirez vous de ce texte - je l'ai trouvé fort bien.

 

Les adversaires de l'identité bretonne ont perdu

Source : Michel Treguer

Porte-parole:Michel Treguer

Publié le 7/11/13 15:36

 

Bretagne—(Après la manifestation de Quimper. Je ne me mêle pas du débat économique qui est à coup sûr le plus important dans l'immédiat. Je ne suis pas compétent, ou tout au moins pas concerné dans ma propre vie. Mon domaine à moi, c'est la culture et ses symboles.)

L'embarras des médias parisiens et des politiciens nationaux devant les bonnets rouges et les gwenn-ha-du de Quimper est amusant et révélateur. Parce que cette explosion a évidemment un fond de communautarisme que les concepts idéologiques français ne permettent pas d'analyser. Défense de parler de ça ! même si en Bretagne ce mot ne se teinte d'aucune fermeture. Les Bretons sont de grands voyageurs, ils ne votent pas Front national. Ils aiment se sentir bretons et faire don de cette richesse à l’humanité.

Tout le monde sait donc désormais en France qu'il y avait déjà eu au XVIIe siècle « dans la péninsule » une certaine jacquerie fiscale, dite « du papier timbré ». Une plaisanterie commode permet de justifier rétrospectivement l'impôt de l'époque en avançant qu'il s'agissait de financer « la guerre de Hollande » : donc, de défendre la patrie ? Il serait de moins bon goût de parler de la construction de Versailles. Les commentateurs ne vont pas non plus jusqu'à rappeler l'effroyable répression ultérieure : les milliers de pendus décrits par Mme de Sévigné, la destruction de clochers bigoudens et d'un faubourg de Rennes. Mais, le feraient-il, qu'ils manqueraient encore l'essentiel : à savoir que les révoltés d'aujourd'hui, dans leur majorité, ne connaissaient pas l'histoire de ces bonnets rouges avant de s'en coiffer. Parce qu'on n'enseigne pas en Bretagne l'histoire de « la province ». Parce que, précisément, on lui préfère celle de la guerre de Hollande et de la construction de Versailles. Sous la pression des désastres économiques, les manifestants de Pont-de-Buis et de Quimper ont passé avec succès, sans avoir postulé, un examen d’histoire.

Il est alors piquant de mesurer qu'avant ce mois d'octobre 2013 seuls « les militants bretons » connaissaient cet épisode du passé local. Et il est tentant de rapprocher cette vérité de la popularité nouvelle des festoù-noz, du développement des classes bilingues, de la floraison toujours croissante des gwenn-ha-du, de la multiplication des indications routières en langue bretonne.

Alan Stivell aurait fait paraître récemment dans Ouest-France un texte déplorant les obstacles que la France continue de dresser devant les manifestations de la culture bretonne : «faute d'institutions autonomes, faute d'un statut pour la langue, faute de réunification, la Bretagne serait menacée de s'évaporer. » Mon cher Alan, c'est un constat trop pessimiste, sinon tout à fait inexact. Mais il faut pour traiter ces paradoxes utiliser d'autres concepts que ceux de la politique et des sondages. Aussi faibles soient les résultats des partis autonomistes dans les consultations électorales, la culture bretonne a irréversiblement et massivement trouvé le chemin des cœurs. Il n'est pas dit, en effet, qu'elle parvienne à perdurer. Mais, ce qui est certain, c'est que ses adversaires ont perdu. Telle écrivaine acharnée a perdu, qui a multiplié les pages pour tenter de marquer du sceau de l'infamie le drapeau breton : il est partout, aux fenêtres, aux frontons des mairies, sur les terrains de foot, dans les rues de New York et sur la planète entière. Et les « bretonnants jacobins » ont perdu — ça existe ! - qui voulaient imposer, contre les écoles tant publiques que privées, leur graphie folklorique : dans leur propre ville de Brest les panneaux urbains sont rédigés dans l'orthographe unifiée mise au point par Roparz Hemon en 1942 ; et à Carhaix aussi bien, où ils sont allés samedi 2 octobre tenter de faire diversion au raz de marée des bonnets rouges à Quimper.

Il vaut la peine de s'attarder sur ce dernier paradoxe. Les bretonnants jacobins en question ne sont pas sans mérite quand ils publient des livres, organisent des cours, etc. Mais ils ne sont fidèles à leur « centralisme démocratique »… qu'en français ! En breton, ils revendiquent à l'inverse une graphie locale (léonarde) pour s'opposer à toute unification de la langue qui pourrait nourrir un rêve d'autonomie du pays. Il est amusant de noter que la stratégie du jeune Roparz Hemon dans les années 1920 pour s'opposer au règne du français et celle de l'abbé Grégoire en 1794 pour, à l'inverse, « anéantir les patois », étaient strictement symétriques : ils avançaient les mêmes arguments et proposaient les mêmes procédés. Quant à la germanophilie prêtée au linguiste brestois, on pourra se demander si elle était pire que le pacte germano-soviétique volontiers oublié par ses présents accusateurs.
Impossible de parler de culture en Bretagne sans en revenir, d'une part à la philosophie uniformisatrice de la Révolution, et d'autre part aux diverses « collaborations » suscitées par l'Occupation allemande. Est-ce que ces références ont encore un sens à l'époque de l'Union européenne et de l'amitié franco-allemande ?

Un petit mot, tout de même, sur l'écotaxe… À coup sûr, il serait bon de diminuer le nombre de poids lourds circulant sur les routes : à la condition qu'on ait d'abord mis en place des moyens de remplacement et que donc cette nouveauté ne coûte pas à la Bretagne des milliers d'emplois. Mais on ne note pas assez l'arrière-fond sacré de cette affaire : ce serait entamer la gratuité absolue des routes bretonnes pour toutes les catégories de véhicules ; donc remettre en cause le privilège accordé en 1968 à ladite « Péninsule »… par le général de Gaulle. ■

 

Ce communiqué est dans le domaine public.

 

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