En Bretagne, le projet culturel est indissociable du projet social et économique

Publié le par Rémi BEAUTO

En Bretagne, le projet culturel est indissociable du projet social et économique

Conseil régional de Bretagne administrative

Session des 6-7-8 février 2014

Intervention de politique générale de Herri Gourmelen

groupe UDB – autonomie et écologie

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

2014 est l'année de commémorations, différentes dans leur nature et par leur importance. Mémoire universelle avec août 14 et le déclenchement de la Grande Guerre, avec juin 44 et le Débarquement des Alliés, événements majeurs qui doivent rappeler à tous l'idéal de paix et la nécessité de la construction européenne. Mémoire spécifiquement bretonne avec le 500 ème anniversaire de la mort de la Duchesse Anne ou le centenaire de la naissance de Per Jakez Helias, ou encore l'émotion toujours présente vingt ans après l'incendie du Parlement. Ces manifestations là témoignent d'un très fort sentiment d'appartenance collective qui ne faiblit pas, mais se renouvelle et rassure sur le devenir de la société bretonne, confrontée comme toutes les sociétés aux mutations accélérées du monde moderne, à une crise économique endémique qui, à nos yeux, est celle du système néo-libéral, confrontée aussi dans les quinze ans à venir à un afflux de populations nouvelles, estimé à quelques 800 mille personnes, et qui peut faire craindre une dilution de l'identité bretonne, ciment d'une société encore solidaire et source de dynamisme pour affronter les défis du nécessaire renouveau économique.

Les mutations de la société moderne et la crise économique source de misère sociale engendrent la peur, le repli sur soi, le rejet de l'autre. Si la Bretagne n'est pas à l'abri de ce poison social, elle fait mieux que résister. Les résultats du sondage commandé par BCD à TMO Régions le montrent de façon probante: 21% des personnes sondées trouvent qu'il y a trop d'étrangers en Bretagne (en France 66%), 60% pensent qu'on peut être Breton et musulman (en France 37%)... et 71% contre 42% au plan français pensent que la Bretagne doit s'ouvrir au monde. Cet esprit d'ouverture est confirmé par le fait que pour la grande majorité des sondés est Breton celui qui choisit de l'être. Morvan Lebesque le disait déjà en 1970 dans son best-seller « Comment peut-on être breton ? ». JM Le Boulanger ne dit pas autre chose dans son excellent essai « Etre breton ? ». Additionner les identités au lieu de les opposer, tel est le message que les Bretons envoient à la société française, fort à propos en cette période de manifestations regroupant tous les porteurs d'exclusion.

 

Deux autres anniversaires, celui de notre propre parti fondé en janvier 1964, et celui de la télévision régionale nous amènent, nous militants de gauche de l'autonomie régionale, à mesurer l'évolution, les évolutions qu'a connues la Bretagne au cours de ces cinquante années. Avec un premier constat: le premier atout de notre pays c'est la volonté de « vivre, travailler en Bretagne » et de plus en plus de « décider en Bretagne » car les deux sont liés comme nous le disons depuis le début, par exemple sur cette affiche de 1970. Les progrès réalisés, les difficultés apparues, le chemin qui reste à parcourir peuvent se mesurer à partir de quatre questions d'actualité:

  • le Pacte d'avenir - Pourquoi ce pacte aujourd'hui ?
  • Bretagne 2030 - Quel projet de société pour demain ?
  • la loi de décentralisation - Enfin une authentique régionalisation ?
  • la ratification de la Charte des langues - Fin ou commencement ?

 

La raison du Pacte d'avenir est, nous le savons, la grave crise qui, après l'industrie automobile et l'électronique, a frappé les entreprises agroalimentaires bretonnes, et, nous le savons aussi, que la nécessaire mutation de ce secteur a pour corollaire la mutation de l'agriculture elle-même, mutation que ne refusent pas une majorité d'agriculteurs par principe, au nom du productivisme libéral, dès lors qu'on leur assure des perspectives de travail et de rémunération satisfaisantes. A cet égard, la politique américaine qui veut ouvrir l'Europe à ses produits OGM et aux hormones, tout en protégeant son protégeant ses propres agriculteurs ne peut être que combattue. Evoquant le Pacte, vous avez dit, Monsieur le Président, que « nous avons fait émergé des attentes et que pour les satisfaire , les engagements financiers de l' Etat devront être conséquents ». Nous saurons être vigilants à vos côtés. Vous avez mis en place un calendrier. Il faut le mettre en oeuvre sans délais et de façon résolue.

 

Dans la présentation de la démarche 2030, il est dit: « Le modèle de développement qui a permis à la Bretagne de réaliser ces progrès importants a été conçu à une époque où le monde était relativement simple et prévisible ... ce système est sans doute arrivé au bout de ce qu'il pouvait produire ». Interrogation que nous partageons.

La Bretagne ne manque pas d'atouts pour le nécessaire renouvellement de son économie: la mer, les technologies nouvelles, les services, le tourisme ... les emplois nouveaux ne pouvant être concentrés dans les métropoles et quelque villes, mais répartis sur l'ensemble du territoire. Eviter la fragmentation de la société c'est aussi éviter la fragmentation du territoire entre métropoles, villes, espace rural, Ouest et Est, côte et intérieur. Poser la question « quelle Bretagne veut-on ? » c'est poser la question des institutions et des moyens, mais aussi celle des limites territoriales et donc de la réunification souhaitée par une majorité de nos compatriotes.

 

La future loi de décentralisation doit permettre la consultation de la population directement concernée, c'est à dire pour un département le libre choix de sa région de rattachement: les Pays de la Loire ne doivent pas pouvoir faire obstacle à la volonté majoritairement exprimée de la population de Loire-Atlantique. Nous sommes par ailleurs de ceux qui ont dès le départ, aux côtés du géographe Per Rhun, défendu l'idée de quatre régions fortes au lieu de six régions faibles. L'objet de la future doit être double, d'une part consacrer la prééminence de la Région, d'autre part reconnaître le droit à la différence, pour reprendre une formule célèbre. Nous pensons, comme l'écrit fort opportunément la LDH de Corse, que « l'égalité signifie un même traitement quand la situation est la même, et un traitement différencié quand la situation est différente ». Les élus de Corse discutent donc avec les ministres de la décentralisation et de l' Intérieur de l'inscription dans la Constitution de son droit à adapter les futurs textes de loi à ses propres réalités et d'un statut officiel pour sa langue. Comme l'a dit le Premier ministre, le 13 décembre, à Rennes: Ce qui est possible en Corse doit pouvoir l'être en Bretagne ? Il va de soi que des pouvoirs nouveaux ne se conçoivent qu'avec des moyens financiers correspondants. Pas de régionalisation réussie sans réforme de la fiscalité.

 

Nous avons salué avec l'ensemble du mouvement culturel et tous les progressistes de ce pays le vote à une large majorité - et à l'unanimité des députés des cinq départements bretons - de l' Assemblée Nationale en faveur de la ratification de la Charte européenne des langues, conformément au souhait très majoritaire de la population bretonne et française de voir vivre les langues historiques parlées sur le territoire de la République. Ce vote témoigne d'une évolution des mentalités, de la prise de conscience que, selon l'heureuse formule du député alsacien Eric Straumann, « lorsque la dernière langue régionale aura disparu, le compte à rebours du français aura commencé » ou, comme le disait Per Jakez Helias, il y a 60 ans, « Défendre le breton aujourd'hui, c'est défendre le français demain ». En attendant la loi qui assurera un cadre juridique à nos langues et, nous l'espérons, transférera à la Région la compétence en matière de politique linguistique, rien n'empêche de mettre en oeuvre dès maintenant les 39 dispositions de la Charte signées par la France et conformes à la Constitution concernant l'enseignement, les médias, la culture, la vie économique, sociale et culturelle, la vie publique.

 

Nous le redisons avec notre conviction et notre expérience, en Bretagne le projet culturel est indissociable du projet social et économique. Je vous remercie.

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