C’est en regardant ses prisons que l’on décrit un pays

Publié le par Rémi BEAUTO

Quatre élus de la délégation ont quitté Nouméa, hier, après une semaine de visite et d’inspection.
La sénatrice Alima Boumediene-Thiery et le conseiller régional Mehdi Lallaoui resteront jusqu’à la décision de la cour d’appel au sujet de Gérard Jodar, jeudi. « La palme de la prison la plus pourrie de la République » La délégation des parlementaires écologistes a quitté le pays, hier, après avoir inspecté le Camp-Est jeudi. Le rapport qu’ils remettront à leurs collègues élus sera cinglant pour l’établissement pénitencier.
« La palme de la prison la plus pourrie de la République »

Ils sont venus, ils ont vu. Maintenant, les parlementaires qui ont visité le Camp-Est, la semaine dernière, vont raconter tout cela à 22 000 kilomètres de la presqu’île de l’oubli. D’abord à Paris, où siège le Sénat, puis à Bruxelles et Strasbourg, où se réunit le Parlement européen (1). Car « nous allons remettre un rapport à nos pairs (...) puis à la presse nationale et internationale », annonçait hier le député européen François Alfonsi, juste avant de rejoindre l’aéroport. Pas de doute sur la teneur du document : « avec le Camp-Est, la Nouvelle-Calédonie obtient la palme de la prison la plus pourrie de la République française », ironise Mehdi Lallaoui, conseiller régional d’Île-de-France et cinéaste (il a notamment réalisé Retour sur Ouvéa, diffusé sur RFO en 2008).
Depuis leur double inspection du Camp-Est, jeudi et vendredi, les élus écologistes ou de gauche confortent le constat de l’USTKE et de son collectif pour la défense des droits et des libertés. « Chacune des visites a duré entre deux et trois heures, on est allés partout », précise José Bové, député européen. Et de rappeler un taux de surpopulation record (250 %), les six ou sept détenus par cellule de  13 m2, l’inefficacité du système (un prisonnier sur deux récidive, les évasions s’enchaînent), ou encore les « 90 ou 95 % de Mélanésiens » qui composent la population carcérale.
« C’est en regardant ses prisons que l’on décrit un pays », poursuit l’ancien syndicaliste, l’un des rares à avoir goûté de la geôle pour ses actions, en 2003. Mais « le problème n’est pas la prison, c’est tout ce qui précède : en matière d’emploi et de formation, par exemple, il n’y a rien ».

« C’est en regardant ses prisons que l’on décrit un pays »

Cette situation, prolonge François Alfonsi, « nous l’interprétons comme un échec des accords de Matignon et de Nouméa (...) Si tout n’est certainement pas à jeter, ce n’est allé ni assez vite, ni assez loin [pour] redonner à la population kanak sa place et sa dignité ». Du miel pour Louis-Kotra Uregeï, qui rappelle que, « dès le départ, à l’USTKE, nous avions dit que l’accord de Nouméa était une tromperie ».
Même constat d’échec en ce qui concerne la réinsertion des détenus. « Ce qui manque, c’est un vrai service de probation et d’insertion [un SPIP, présent dans toutes les prisons]. Or, nous avons ici un SPIP pauvre, dont les effectifs devraient doubler, voire tripler », diagnostique la sénatrice Alima Boumediene-Thiery, qui a participé à la rédaction de la dernière loi pénitentiaire, parue en novembre. « Je suis pessimiste, souffle-t-elle, car je ne vois pas les moyens arriver. »
Malgré tout, « nous croyons que notre visite fera bouger les lignes là-bas, comme elle a déjà commencé à faire bouger les lignes ici », complète François Alfonsi, qui promet de « rester vigilant ». Un bon  signe ? « Demandez à l’administration pénitentiaire... », sourit José Bové, malicieux. « Je crois qu’une architecte est arrivée depuis trois jours et qu’elle s’intéresse au Camp-Est. » En tout cas, Georges Vin, directeur interrégional des services pénitentiaires, est également présent sur le Caillou, en ce moment. Preuve que le Camp-Est est en train de se faire un nom, après avoir été si longtemps oublié.

(1) Arrivée mardi dernier, la délégation se composait de José Bové, François Alfonsi, Karima Delli (députés européens du groupe Europe écologie), Jean Desessard et Alima Boumediene-Thiery (sénateurs). Deux conseillers régionaux d’Île-de-France les ont rejoints jeudi : Mehdi Lallaoui (groupe CACRPG) et Michèle Loup (Verts).

  Geôles : encore un an d’attente 
Moins décriées mais tout aussi vétustes, les cellules du commissariat de Nouméa sont en cours de transformation. Une nécessité, car les geôles ne sont plus aux normes européennes (elles font, par exemple, moins de 7 m2), et elles n’ont plus été rénovées depuis treize ans. Les travaux ont commencé à la mi-décembre et dureront « sans doute une bonne partie de l’année », selon la police. S’il finit dans ce délai, le chantier aura pris plus d’un an de retard, par rapport aux annonces de l’Etat (notre édition du 23 septembre 2008), qui parlait alors de « situation d’urgence ». En moyenne, une centaine de personnes passent par les cellules de dégrisement ou de garde à vue, en un week-end.

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