Conseil régional de Bretagne. Les raisons de la réussite allemande

Publié le par Rémi BEAUTO

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18/04/2013


Conseil régional de Bretagne administrative

Session du 18 avril 2013

Intervention de politique générale de Herri Gourmelen

président du groupe UDB – Autonomie et écologie


 

  

Monsieur le Président, chers collègues,


La lecture de la presse internationale de ces derniers temps donne une image largement dégradée de la démocratie française dans sa version Vème République. Quelques jugements peu flatteurs: démocratie en panne, système à bout de souffle, décadence. Citons, entre autres, le grand quotidien progressiste de Münich, la Süd deutche Zeitung qui écrit: « La majeure partie de la population pense que la France a échoué à repenser son administration publique et sa classe politique pour se préparer au monde globalisé. C'est la raison pour laquelle il n'est pas exagéré de parler de crise d' Etat. L'ambiance générale du pays est celle d'un pessimisme extrême, comme si la Vème République avait atteint sa phase de décadence irréversible ». On peut trouver le propos excessif, mais qui peut nier qu'il y a plus que de la morosité, que la France souffre d'une grave dépression conjuguant la crainte de l'avenir et le discrédit de la politique et des politiques, comme je le disais ici même, il y a déjà quelque temps. Commentant le sondage de Sciences Po., je disais – permettez-moi de me citer - « Faisons la preuve de notre sens des responsabilités et de clarté dans la conduite de l'action publique et la confiance des citoyens reviendra ».

 


A l' UDB nous disons depuis bien longtemps qu'une démocratie revivifiée, régénérée, revitalisée implique une réforme en profondeur du système politico-administratif français, pyramide institutionnelle et formatage des « élites », ce qui va de pair avec une décentralisation conduite à son terme. Pour nous cette réforme a nom régionalisation. Les errements auxquels nous assistons, le dernier en date pour exemplaire qu'il soit - si j'ose dire - ne doit pas faire oublier tous les autres, et la liste est longue, ces errements au-delà des faillites morales individuelles sont le résultat de la concentration des pouvoirs et de ses dérives dans le système centraliste français, système en passe de devenir incontrôlable; le credo jacobin de l'Etat infaillible demande à être sérieusement revisité et l'exigence éthique plus que jamais réaffirmée. A ce propos, je rappellerai pour mémoire la résolution contre les paradis fiscaux, votée par notre assemblée en 2011.

Un livre riche d'enseignements pour nous, encensé unanimement par la critique, à commencer par Alfred Grosser soi-même, vient de paraître aux éditions du Seuil sous la signature de Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques, intitulé « Le modèle allemand au-delà des mythes ». On y apprend que ce n'est assurément pas la remise en cause de l' Etat social initiée par Gerhard Schröder et poursuivie par Angela Merkel qui explique la réussite allemande, mais bien les points forts traditionnels du pays, au nombre desquels une longue tradition de décentralisation qui permet de disposer partout d'un capital financier, culturel, social, humain suffisant pour innover et entreprendre. A l'inverse de la France, dit l'auteur, où « malgré 40 ans de décentralisation on constate toujours une extraordinaire polarisation de la richesse autour de Paris ». Et ce n'est pas un hasard si la région parisienne sera la première région européenne équipée en fibre optique, aux termes de la convention qui vient d'être signée entre l'Etat, la Région, les collectivités locales d'un côté, Orange et SFR de l'autre.

Face à la crise et aux méfaits du centralisme la Bretagne se bat et ne manque pas d'atouts. Les Bretons, forts de leur savoir vivre ensemble, de leur capacité à jouer collectif, ont davantage confiance en l'avenir, comme l'a montré un récent sondage d' Ouest-France. L'attractivité bretonne est réelle, les investissements étrangers en témoignent. Dans les secteurs en difficulté, les salariés se battent pour leur emploi, la Région résiste et innove. Comme dans l'agro-alimentaire et ses 335 entreprises de plus de 20 employés où 450 M € ont été investis en 2012, comme dans la filière navale où le site brestois de réparation a été sauvé, où le cluster Bretagne Pôle naval et le Pôle Mer Bretagne préparent l'avenir, comme dans le secteur automobile avec la volonté de réindustrialisation du site PSA et le projet de faire de la Bretagne un territoire de référence en matière de mobilité décarbonnée.

La Bretagne est aussi un territoire de référence en matière de technologies d'avenir, à commencer par les EMR, mais la lourdeur de la machine administrative française nous pénalise, singulièrement face à la réactivité de l'Ecosse autonome. Autre secteur de pointe, les biotechnologies, marines en particulier pour lesquelles notre région est n°1 en France. Autre secteur d'avenir, l'économie verte avec une filière de méthanisation de 100 MW à l'horizon 2020, territorialisée et non concurrente de la vocation alimentaire des terres, et un ambitieux Plan de rénovation thermique du bâti. Un exemple de réussite qui doit être cité, celui de la PME de La Mézière Armorgreen (100 salariés) qui a décroché le marché d'1,6 M€ pour installer la plus grande centrale solaire urbaine de France, la halle industrielle Pajol à Paris. Réduire la consommation d'énergie carbonnée est la voie d'avenir, alors même que les centrales à gaz récemment mises en service en France sont déjà déficitaires et doivent réduire leur activité. Dernier secteur d'innovation technologique, celui du numérique. Deuxième région française en termes de brevets, pionnière sur l'inclusion du numérique dans d'autres filières comme l'agro-alimentaire, l'énergie ou la mer, la Bretagne est bien armée avec son pôle de compétitivité Images et réseaux à vocation mondiale.

Au sujet de l'écotaxe nous saluons la position équilibrée défendue par les députés bretons de gauche. Si on ne peut qu'acquiescer à l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre , une écologie bien comprise doit aussi prendre en compte les handicaps structurels de territoires périphériques et/ou péninsulaires comme la Bretagne. L'écologie c'est aussi la justice territoriale.

Si la Bretagne a la volonté de réussir et les atouts pour y parvenir, les moyens dont elle dispose ne sont pas à la hauteur des enjeux. L'exemple des EMR et de la success story écossaise sont là pour nous le rappeler. C'est pourquoi nous attendions beaucoup de la loi de décentralisation présentée au départ comme la « mère des réformes », destinée à libérer les énergies. Nous savons désormais que la future loi ne sera pas l'Acte III de la décentralisation. C'est JM Ayrault lui-même qui le dit. Mais sera-ce au moins la rénovation de l'action publique annoncée par la ministre en charge du dossier ? On peut également en douter au vu de la découpe qui nous est proposée et dont on perçoit mal la cohérence. Où est l'indispensable réforme de la fiscalité locale sans laquelle il n'est point de politiques publiques pérennes, face à la baisse des dotations d'Etat? Que dire de la priorité donnée aux métropoles? Pour nous, la crainte de l'ARF que « conforter les métropoles ne conduise à un  émiettement des compétences sur les territoires et à une concurrence accrue entre territoires de proximité » est une certitude.

Notre Assemblée a voté très majoritairement une contribution bretonne au projet de loi sur la décentralisation en mettant l'accent sur l'expérimentation différenciée. Nous redisons avec force que si le gouvernement est déterminé à faire un statut particulier à Lyon ou à Marseille qui n'en veut pas au demeurant ! nous sommes tout aussi déterminés à obtenir pour la Bretagne qui remplit toutes les conditions, un même statut particulier et en faire le laboratoire d'une authentique régionalisation pour un développement équilibré entre trois grandes villes, un tissu de villes moyennes et petites et les zones rurales. Pour ce faire, nous le répétons à nouveau et l'exemple alsacien est là pour nous le démontrer, les discussions entre élus initiés ne suffisent pas; il faut la mobilisation de tous. Ce qui fut possible naguère doit encore l'être aujourd'hui. Le vote contre de la droite sur notre contribution bretonne lors de la dernière session affaiblit hélas notre voix.

Publié dans ELUS

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