La République française victime d’une crampe identitaire ?

Publié le par Rémi BEAUTO

mardi 10 novembre 2009,  par Jef


Après une campagne présidentielle qui avait vu en 2007 le candidat Nicolas Sarkozy promettre un ministère de l’immigration et de l’identité nationale et la candidate Ségolène Royal prôner le drapeau tricolore dans chaque famille, le débat sur l’identité nationale apparaît comme une tentative de récupération de l’électorat du Front national et une déviation nationaliste du discours politique à la veille des régionales de mars 2010.


Le préambule d’Éric Besson à ce débat est révélateur des trois grandes peurs de la République et de ceux qui lui vouent un culte selon les termes mêmes employés par le ministre :

« Les dérives du nationalisme, le développement de nouvelles formes de communautarisme et de régionalisme, la construction progressive d’une identité européenne, la mondialisation des échanges apparaissent à certains comme susceptibles de remettre en cause l’idée même de Nation. »

Ainsi donc les trois grandes peurs de la France seraient la région, l’Europe, la globalisation. On serait si bien entre soi, sans l’ennemi de l’intérieur et celui de l’extérieur...

Ce que certains appellent l’Universalisme aveugle serait-il en bout de route ? Surtout lorsque cet universalisme promeut ceux qui sont dans un certain moule, un stéréotype assurément universel : un homme blanc, parlant cette langue universelle qu’est le français et appartenant à une catégorie socioprofessionnelle pas trop défavorisée....

Au questionnaire fermé proposé pour ce grand débat, aux symboles d’identification nationale que seraient le drapeau tricolore, la Marseillaise, la République, la langue française, l’UDB préfère les valeurs républicaines que sont la liberté, l’égalité, la fraternité ; l’UDB préfère les valeurs européennes de respect des différences et des identités plurielles résumées dans la devise de l’Union européenne : « Unis dans la diversité »

L’État-Nation tout puissant, qui a atteint son apogée avec l’Empire colonial français quasi autosuffisant, se révèle impuissant face au pouvoir de la finance internationale : délocalisations, plans de licenciements, ingérence des lobbies dans l’exercice du pouvoir, crise et chômage. Pire, l’État-Nation collabore avec le libéralisme, détruit les services publics, fait voter le bouclier fiscal soit 15 milliards d’euros de remise d’impôts accordés chaque année aux 5% des Français les plus riches et accumule les déficits publics, soit 140 milliards d’euros pour 2009 !

Pour l’UDB la réponse à ce désastre humain est la reterritorialisation des activités humaines dans le cadre d’une nouvelle dialectique région-Europe, favorisant des réponses de proximité.

L’UDB dénonce cet État-Nation arrogant qui refuse l’autre dans sa différence et sa singularité ; État-Nation communautarisé qui répond par l’assimilation forcée et la karchérisation à la diversité ethnique, culturelle et linguistique.

Liberté, égalité, fraternité ? ou Charter, karcher et misères ? Si le nationalisme républicain et la fidélité à l’identité nationale prennent le pas sur le respect des droits et des devoirs impliqués par l’appartenance à l’humanité, alors l’humanité est en danger ici même.

Le débat opportuniste imposé par Sarkozy et Besson n’a d’autre visée que de détourner l’attention des vrais sujets. Où est le Plan Marshall promis pour les banlieues ? Où est l’école de l’égalité pour tous avec la fin de la carte scolaire et la formation de ghettos scolaires ? Où est la péréquation entre individus et territoires ? Où est la garantie de moyens de fonctionnement et d’investissement pour les collectivités ? Où est l’anticipation pour le changement climatique et ses drames annoncés, ses migrations contraintes, ses solidarités à inventer ?

A l’identité nationale d’Éric Besson, ancien socialiste, l’UDB préfère les propositions d’Edgar Morin : « Les impératifs d’aujourd’hui d’une politique de civilisation sont la solidarité, le ressourcement identitaire, la convivialité et la moralisation opposés à l’isolement, au cloisonnement, à l’anonymat, à l’irresponsabilité et à la dégradation de la qualité de la vie ».

Pour l’UDB, chanter la Marseillaise ne va pas chauffer les logements des 10 millions de victimes de la précarité énergétique, hisser le drapeau tricolore ne va pas gommer la xénophobie, faire l’apologie de la République ne va pas faire disparaître l’héritage colonial, imposer le français comme langue unique ne va pas imposer la liberté, l’égalité et la fraternité dans les politiques publiques.

Pour l’Union démocratique bretonne,
La porte-parole Mona Bras

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